Galères de déplacement28 € totalAllemagnecoupe3 min

Le prix d'un 5-4 : ma nuit blanche pour rentrer de Stuttgart

Quelques heures après le plus beau match de ma vie, la redescente. Quatre bus, une gare routière déserte en pleine nuit, et 50 € d'économie payés en heures de sommeil. L'envers du décor du groundhopping à petit budget.

Stuttgart -> Paris · 08 juin 2026

Prix total28 €
TrajetStuttgart -> Paris
Date08 juin 2026

Contenu complet

Quelques heures plus tôt, je vivais le plus beau match de ma vie : Espagne-France 5-4Lire le récit du match, neuf buts, seul Français au milieu des Espagnols. J'étais sur un nuage. Le problème avec les nuages, c'est qu'il faut bien en redescendre. Et pour moi, la redescente a duré toute la nuit.

Tout commence par une bourde. Je rate mon arrêt de train. Résultat : je me retrouve à Filderstadt à 00h35, à une heure trente de marche de l'aéroport, là où se trouve la gare routière de mon départ. Première leçon de la soirée : l'euphorie ne paie pas le billet de retour, et elle ne lit pas les panneaux à ma place.

Un retour direct Stuttgart-Paris, c'était 80 €. En découpant mon trajet — un bus jusqu'à Strasbourg, puis Metz, puis Reims, puis enfin Paris — je faisais tomber la note à 28 €. Quatre bus au lieu d'un. Cinquante euros d'économie contre une nuit de ma vie. Sur le moment, ça paraissait malin.

Sauf que le BlaBlaBus annonce 1h44 de retard. Et là, je découvre le vrai décor de la galère : une gare routière en extérieur, en pleine nuit, où l'on est une petite dizaine de jeunes à poireauter. Pas de salle d'attente, pas de prise pour charger son téléphone — donc pas moyen de tuer le temps en scrollant, ni même de prévenir qui que ce soit une fois la batterie morte. Juste l'attente, le froid, et la fatigue qui tombe d'un coup. Parce qu'à ce moment-là, je suis vidé : la journée de déplacement, les kilomètres à pied, la nuit déjà courte d'avant. Je suis épuisé, et un peu frustré que ma soirée de rêve finisse sur un banc.

Le truc, c'est que je n'avais pas vraiment le choix, et c'est ça qui m'a aidé à le vivre. De toute façon, je devais attendre : soit ici à Stuttgart, soit deux heures de plus à Strasbourg une fois arrivé. Alors autant attendre là, prendre mon mal en patience, et me dire que le pire serait vite derrière moi. Quand tu voyages comme ça, tu apprends à rationaliser la galère plutôt qu'à la subir. Ça ne la rend pas plus confortable, mais ça la rend supportable.

J'arrive à Strasbourg à 6h du matin. Et à partir de là, le voyage redevient presque doux. Bus vers Metz, bus vers Reims, dernier bus vers Paris. Dans ces bus-là, enfin, je peux m'effondrer sur un siège, recharger mon téléphone, fermer les yeux. Le confort relatif d'un car qui roule, après une nuit debout dehors, ça ressemble à du luxe.

Alors oui, j'ai payé mon plus beau match d'une nuit blanche et de quatre bus. Mais si tu veux mon avis, ça valait le coup. Le 5-4, je l'ai pour la vie. La nuit à Filderstadt, je l'oublierai. Et c'est exactement ça, le groundhopping à petit budget : accepter que la magie du stade se paie parfois en heures de bus et en bancs de gare. Tu repars avec des souvenirs plein la tête et le dos en compote. C'est le deal. Je le resignerais sans hésiter.