Approfondir l'expérience stade
récit longNiché au creux des immeubles de Saint-Ouen, en banlieue parisienne, le stade Bauer accueille l'une des affiches les plus chaleureuses de Ligue 2 : Red Star–Grenoble, l'amitié qui unit leurs deux groupes ultras.
Direction le nord de Paris, en Seine-Saint-Denis, pour un match du Red Star dans son mythique stade Bauer. Saint-Ouen, rue du Docteur Bauer, là où l'enceinte légendaire se faufile entre les immeubles. Ce soir, 24 octobre 2025, c'est Red Star–Grenoble.
Cette affiche, je la connais déjà : j'avais vécu le même match la saison précédente, le 14 décembre 2024, et j'en gardais un excellent souvenir. Parce qu'entre les Red Star Fans et les Red Kaos de Grenoble, il existe une vraie amitié entre les deux groupes ultras.
En avant-match, c'est la communion : on boit des coups, on rigole, les deux camps se mélangent. Et que ce soit à Bauer ou au Stade des Alpes, cette affiche donne toujours lieu à de superbes tifos, de belles animations, de la pyro. C'est un match qui tourne autour de la fête du football et de l'amitié. Un bon moment, à chaque fois.

Il faut dire que je suis un habitué des lieux : Bauer est le deuxième stade que j'ai le plus fréquenté. Ça fait cinq ans que j'y viens, j'ai même connu l'ancien Bauer, du temps du National. Alors ce soir, logiquement, je suis en kop. Place à sept euros ma bière me coûte plus cher que mon billet. Je rentre dans le kop, il fait assez froid. Je me mets en place, on me tend un drapeau, je l'agite. Je parle avec les gens autour de moi. Pour la première mi-temps, je veux vivre l'expérience à fond, donc je me place au niveau du noyau ; je redescendrai plus bas sur la droite en seconde période pour filmer et faire du contenu. Parce qu'au noyau, pas de téléphone. Une vieille dame, fidèle du club depuis des années, mettra même un petit coup de pression à un jeune couple de bobos devant nous qui commençait à sortir son portable : « On ne filme pas en tribune ! », leur lance-t-elle.
Le match commence. Beau tifo côté local, belle animation dans le parcage visiteur aussi — les Grenoblois sont venus en nombre, alors même que le parcage de Bauer est réputé comme l'un des pires de Ligue 2. Côté local, écharpes tendues, de la pyro, beaucoup de pyro, avec un superbe craquage en début de seconde période. L'ambiance est vraiment bonne malgré le froid : ça saute, ça chante. La grand-mère à côté de moi est en folie : elle agite les drapeaux, elle siffle, elle pousse l'équipe. Fin de première période, 0-0. Sur le terrain, ce n'est pas fou, il faut le dire.
Moi, je suis lessivé : j'ai tout donné sur la première mi-temps. Je descends plus bas, sur la droite du kop, pour pouvoir filmer les joueurs et faire mon contenu. Je m'éloigne donc du groupe. Et c'est en seconde période qu'il va se passer plein de choses. La pluie commence à tomber, la soirée d'octobre est fraîche. À la 72e minute, Bradley Danger inscrit le seul but de la rencontre et accessoirement son unique but de la saison. Il vient célébrer juste devant moi, glissade sur les genoux, m'offrant une superbe vidéo. J'étais aux anges.

Et c'est là que se produit quelque chose de fou, juste au-dessus de moi. Un mec craque une torche. Rien d'anormal, me direz-vous, pour célébrer un but dans un match pareil. Sauf que le type qui craque ne fait pas partie du groupe. C'est un indépendant, seul, qui décide d'allumer à visage découvert, sans l'accord du groupe. En quelques minutes, il se fait attraper par les membres du noyau, et une bagarre éclate. Le gars se fait salement amocher et sortir de la tribune.Ça peut surprendre, mais il y a une vraie raison. Craquer de la pyro dans une tribune ultras ou populaire sans l'accord et la décision du groupe, c'est interdit au sein même de la tribune — parce que ça peut exposer tout le monde. Pour des questions de sécurité, mais surtout de sanctions : amendes, restrictions, voire fermeture de tribune. Un craquage sauvage, c'est le groupe entier et le club qui peuvent trinquer derrière, peut-être déjà en sursis. D'où la réaction violente : ce n'est pas la pyro en soi qui pose problème dans cet univers, c'est l'acte solitaire et non concerté qui met les autres en danger.
Malgré cet incident, la soirée reste excellente. À part le froid et un match plutôt somnolent sur la pelouse, tout le reste était très sympa. Bauer a tenu sa promesse : la fête, l'amitié entre les deux camps, la ferveur d'un kop vivant. Exactement ce pour quoi on revient.
12eHomme



