Approfondir l'expérience stade
récit longPierre-Mauroy, pour l'un des matchs les plus chauds du football français. Tifos, pyro, parcage lensois, tribune locaux active et un Zhegrova des grands soirs. Le récit d'une soirée reussi a Lille pour mon premier derby du nord.
Premier derby du Nord pour moi, et il fallait que ce soit à Lille. Le LOSC contre le RC Lens, c'est l'une des plus fortes rivalités du football français, un de ces duels où le résultat dépasse largement les trois points. Deux villes voisines, deux identités qui s'opposent, une région entière qui se partage entre le rouge lillois et le sang et or lensois. Historiquement, l'opposition dépasse le simple cadre sportif : elle mêle rivalité territoriale, différences sociales et culturelles entre les deux bassins, et une fierté locale que chaque camp défend comme un héritage. Ce derby-là, on ne le vit pas comme un match ordinaire, on le vit comme une affaire régionale, où la suprématie du Nord se joue sur quatre-vingt-dix minutes.
Départ depuis Paris en bus pour moins de 20€ et environ 3h de trajet aller et 3h de trajet retour. Je me rend au stade Pierre Mauroy en transport puis je découvre le stade. De l’extérieur je ne suis pas un grand fan mais l’architecture intérieur est une vrai réussite.Je suis placé en tribune haute pour une quarantaine d’euros, vue plongeante sur les DVE, les Dogues Virage Est, le cœur battant du kop lillois. De là-haut, on embrasse tout : le virage, la pelouse, et surtout la mise en scène. Et pour un derby, les Lillois savent recevoir. Avant le coup d'envoi, un magnifique tifo se déploie, très bien travaillé, de ceux qui rappellent que le tifo est un art à part entière et que les grands clubs populaires en font une signature. L'hymne du LOSC résonne, accompagné d'un superbe tendu d'écharpes qui transforme toute la tribune en une mer mouvante. Pierre-Mauroy, quand il s'embrase pour un grand match, c'est vraiment un stade à faire au moins une fois : la structure, l'acoustique, la ferveur, tout concourt à créer une atmosphère de grand soir.

Autre point qui compte, et qui n'est pas anodin : les supporters lensois sont autorisés au déplacement. Ça devient rare en France pour les matchs à forte rivalité, où les déplacements de supporters visiteurs sont trop souvent interdits par arrêté. Or, un derby sans public adverse, ce n'est pas vraiment un derby. La présence des Lensois, parqués à l'opposé de ma tribune, ajoute cette tension et ce dialogue de gradins qui font tout le sel de ce genre d'affiche. Ils font du bruit, ils tiennent leur rang, et le derby y gagne une authenticité qu'on ne retrouve plus dans trop de stades français. Les deux camps se répondent, et c'est exactement ce qu'on vient chercher.
Sur le terrain, le LOSC frappe très vite. Dès les dix premières minutes, sur un long ballon de Bentaleb, Edon Zhegrova s'offre un exploit individuel : un superbe contrôle, une fixation, et une frappe au premier poteau qui ouvre le score. 1-0, et là, le stade tremble. Pierre-Mauroy explose. C'est la furie dans le Nord : descente dans le kop lillois, torches craquées, fumée qui monte, et le public tout entier qui répond au speaker quand il égrène le nom du buteur. Ce genre de moment, quand un but tombe tôt dans un derby et que tout un virage bascule d'un coup, c'est de la folie pure, une décharge collective comme le football en offre peu.Lille est bien dans son match et le montre. Les Dogues se procurent de nombreuses occasions en première période, avec Jonathan David en pointe, en grande forme à ce moment de la saison, ou Zhegrova encore, toujours aussi remuant. À la pause, Lille mène logiquement au score, récompense d'une domination bien réelle.
En seconde période, le Kosovar récidive a l'heure de jeux. Sur une frappe de Gudmundsson repoussée par Brice Samba, le portier lensois, le ballon revient dans les pieds de Zhegrova, qui n'a plus qu'à conclure dans la cage vide. Un peu de réussite sur l'action, mais un doublé mérité au vu de sa prestation. 2-0 à la 60e, et là, le stade entre en fusion. Deux buts d'avance contre l'ennemi lensois, dans un derby, à domicile : les chants repartent de plus belle, ça se répond d'une tribune à l'autre, et même les latérales s'activent dans les quarts de virage. On reste debout, on saute, on chante. C'est un stade entier qui vibre à l'unisson.
Et au-delà de l'ambiance, c'est un beau match qu'on a sous les yeux. Ça joue bien au football, avec du rythme, des occasions, de l'engagement. Chevalier, très fort dans les buts lillois, repousse plusieurs assauts lensois et maintient sa cage inviolée quand il le faut. Car Lens ne renonce pas : Elye Wahi, entré en jeu, inscrit le seul but lensois de la rencontre à la 78e, une frappe du pied gauche qui redonne espoir aux Sang et Or. 2-1, et soudain la fin de match se tend, le suspense revient, le parcage lensois y croit.
Le LOSC devra serrer les rangs dans les derniers instants, résister aux dernières tentatives lensoises, mais tiendra bon jusqu'au coup de sifflet final. Victoire lilloise dans le derby, 2-1, et une soirée qui restera gravée. Pour un premier derby du Nord, difficile de rêver mieux : un tifo magnifique, de la pyro, un public bouillant des deux côtés, un Zhegrova en état de grâce, et cette rivalité brûlante qui donne à chaque instant une intensité particulière. Pierre-Mauroy m'a offert là une leçon de ce que peut être un derby français quand tous les ingrédients sont réunis.
12eHomme



