Approfondir l'expérience stade
récit longDernier match de ma saison 2025/2026, et pas n'importe lequel : le derby breton au Roazhon Park, Rennes contre Nantes. Une affiche aux destins opposés ; l'Europe pour les uns, la Ligue 2 pour les autres : entrée des joueurs, entraînement au bord du terrain, hymne au pied du kop. Récit d'un derby fou, scellé dans le temps additionnel par un ancien Nantais.
Après avoir vécu le derby aller à la Beaujoire le 20 septembre, accroché, 2-2, vécu en tribune Loire , je referme ma saison là où elle devait finir : au Roazhon Park, pour le derby retour face à Nantes.
C'est mon dernier match de l'année au stade, et c'est la quatrième fois que je foule l'enceinte rennaise. Mais cette fois, rien ne se passe comme d'habitude.
Je suis invité par Sorare pour vivre ce match de l'intérieur, avec deux privilèges que je n'avais jamais connus. D'abord, l'entrée des joueurs dans le stade : les voir de tout près, les encourager, les checker. Embolo, Brice Samba, Esteban Lepaul, toute l'équipe rennaise défile sous mes yeux. C'est la première fois que je vis ça, et ça fait quelque chose.

Ensuite, l'expérience la plus folle : l'entraînement d'avant-match au bord du terrain, là encore à quelques mètres des joueurs. Et c'est là que tu prends la mesure du vrai niveau pro. Ce n'est que l'échauffement, mais tout est dingue : les physiques, les courses avec et sans ballon, les contrôles, les passes parfaitement appuyées et dosées, les frappes d'une puissance que tu ne soupçonnes pas depuis les tribunes. De si près, tu réalises l'écart réel entre le foot que tu pratiques et celui-là.

Après une quinzaine de minutes, direction le pied du kop rennais pour vivre l'hymne du club, juste derrière les buts gardés par Brice Samba. Puis je rejoins ma place très bien située : l'entrée des joueurs face à moi, le kop sur ma droite, le parcage sur ma gauche. Sauf que le parcage est vide. Comme à l'aller, aucun supporter visiteur. Et ça, c'est un crève-cœur. Il n'y a qu'en France qu'on voit ça : un derby privé de ses supporters adverses. Un derby sans parcage, ce n'est pas vraiment un derby il lui manque une moitié de son âme.
Reste que le Roazhon Celtic Kop, lui, a sorti le grand jeu. Un tifo sublime déployé sur toute la tribune Mordelles, qui retrace la rivalité des deux clubs à coups de banderoles chambreuses : « Rennes en Europe, Nantes en Ligue 2 », ou encore une référence à Neptune sommé de s'agenouiller pour qu'on porte « le dernier coup » aux Canaris. C'est mon goût personnel, mais ce tifo est parmi les plus beaux qu'il m'ait été donné de voir. J'ai adoré, et chapeau pour le travail fourni.

Le match s'emballe vite. Dès les premières minutes, sur l'une des premières offensives rennaises, le gardien nantais Anthony Lopes commet une faute : penalty pour les locaux. Esteban Lepaul, meilleur buteur de Ligue 1, le transforme et inscrit son 18e but de la saison. Rennes mène 1-0. Mais à la 40e, Nantes égalise par Ganago, le Camerounais, d'une superbe demi-volée lobée qui trompe complètement Brice Samba, trop avancé et pris de court. Un but somptueux. Mi-temps, 1-1.
Côté kop, l'ambiance est bonne en première période : ça chante, ça pousse fort, ça saute, il y a une vraie gestuelle. Dommage seulement que les tribunes latérales ne suivent pas. Et au retour des vestiaires, il faut bien le dire : la seconde mi-temps devient ennuyeuse, sur le terrain comme en tribune. L'égalisation nantaise juste avant la pause a éteint le stade. On ne chante plus beaucoup, le match endort l'enceinte, l'ambiance n'a plus rien à voir avec la première période.
Et puis le scénario s'emballe à nouveau. Deux buts rennais sont refusés pour hors-jeu. Mais pour la beauté de l'histoire, il fallait que ce soit lui : Valentin Rongier, l'ancien Nantais, formé chez les Canaris, qui vient crucifier son club formateur à la 90e+2. 2-1. Le but qui envoie probablement Nantes en Ligue 2. Le stade explose, jubile d'avoir arraché la victoire face à l'ennemi dans le temps additionnel. Rongier, lui, ne célèbre pas il sait ce que ce but signifie.
Et moi, c'est sur ça que se referme ma saison au stade. Un derby fou, un dénouement cruel et splendide, un tifo magnifique, et le souvenir rare d'avoir vécu un match pro de l'intérieur. Il a manqué le parcage adverse pour que la fête soit totale, mais pour une dernière, difficile de rêver mieux. Expérience réussie.
12eHomme



