Découvre le match en 2 minutes
récit courtUn derby breton privé de son parcage adverse, mais pas de sa rancune. Merlin, Rongier, Blas : ce soir-là, les Nantais avaient trois bonnes raisons d'earracher le nul face à Rennes.
Samedi 17h, la Beaujoire,. Derby, cinquième journée. Et une absence qui pèse d'entrée : les Rennais ne sont pas autorisés au déplacement. Un derby sans parcage adverse, c'est un derby amputé.Le parfum de trahison, lui, est bien là. Quentin Merlin et Valentin Rongier, deux symboles nantais formés au club, reviennent sous la tunique de l'ennemi. Des banderoles leur sont adressées avant le coup d'envoi. Le ton est donné.L'animation d'avant-match est sur thème argentin, avec un moment d'émotion à la 9e minute pour Emiliano Sala. Confettis, ballons, drapeaux : la tribune Loire est une cuve pleine. L'hymne des Canaris est repris par tout le stade, écharpes tendues.Vingt-neuvième minute : penalty pour Rennes, transformé devant la tribune Loire par Ludovic Blas un autre ancien Nantais. Il ne célèbre pas, lève les mains en signe de respect. Rennes mène à la Beaujoire grâce à un Nantais.Six minutes plus tard, sur une superbe action rennaise, Esteban Lepaul double la mise. 0-2 à la pause. Ça tire la gueule. Tout le monde avait tout donné les animations, la voix, la gestuelle et le derby semble filer.Seconde période, Nantes change complètement de visage et attaque face à la tribune Loire. À la 64e, sur une action confuse, Junior Mwanga réduit l'écart. 1-2, le stade se réveille.Puis vient un temps additionnel fou. 91e : penalty pour Nantes, faute sur El Arabi. Abline s'élance devant une tribune Loire prête à exulter. Brice Samba repousse. Dans les têtes, ça doute. Lopes sauve à son tour sur une frappe rennaise.90e+6. Centre de Benhattab, reprise de volée de Youssef El Arabi. 2-2.Folie furieuse. La tribune Loire explose. Le moment est juste magique une de mes plus belles emotions de la saison grace a ce but à la dernière seconde.
Approfondir l'expérience stade
récit longUne tribune gorgée de papier mouillé, un hommage à la neuvième minute et deux anciens Nantais en face. Ce qu'on vit en tribune loire un soir de derby breton.
Aujourd'hui direction Nantes pour vivre une affiche choque, le derby, invitait pas des supporters et abonnes de la tribune loire pour découvrir cette folle expérience qui est de vivre un derby en tribune loire (tribune populaire/active/ultras), c'est ma 3e fois a la beaujoire depuis 2023, départ depuis paris aller retour en bus pour 40 euros, 10h de trajet.
La tribune Loire est un endroit à part.C'est une immense cuve, un bloc massif qui monte haut derrière le but, et quand elle est remplie de drapeaux, l'effet est saisissant. Ce soir-là, elle est pleine, pleine de monde, pleine de drapeaux, pleine de papier journal pour les animations et c’est normal c’est le derby.

Les Rennais ne sont pas autorisés au déplacement. Pas de parcage, pas de bloc adverse, pas de voix contradictoire dans l'enceinte. Pour un derby breton, c'est un vrai gâchis. J'ai déjà écrit ce que j'en pense : un derby sans supporters visiteurs n'est pas complètement un derby. Il manque le dialogue, la tension entre deux camps, cette réponse qui vient d'en face et qui pousse le kop local à monter d'un cran.C'est devenu la norme en France, et c'est dommage. La Beaujoire aurait mérité d'avoir les Rennais en face ce soir-là. Mais si le parcage est vide, la rancune, elle, est bien présente. Et elle a un nom, ou plutôt deux.Merlin et Rongier, ou le parfum de la trahisonQuentin Merlin et Valentin Rongier. Deux symboles nantais, deux joueurs formés au club, qui reviennent à la Beaujoire sous la tunique de l'ennemi rennais.C'est aussi pour ça que je suis venu. Ce parfum particulier de rivalité, doublé d'un sentiment de trahison de la patrie, donne au match une charge que les statistiques ne montrent pas. Un derby, c'est déjà chargé. Un derby où deux enfants du club reviennent avec l'adversaire, c'est autre chose.Des banderoles sont déployées en avant-match. Des messages adressés à ceux qui sont partis chez le rival. Le ton est donné avant même le coup d'envoi, et l'atmosphère s'installe : tendue, revancharde, chargée.Ce genre de contexte est ce qui fait la valeur des derbys. Il ne s'invente pas, il se construit sur des années de proximité géographique, de transferts mal vécus, de blessures accumulées. Quand on arrive dans une enceinte un soir comme celui-là, on le sent immédiatement dans les tribunes.
L'animation d'avant-match est sur thème argentin. Confettis, ballons, drapeaux, une déferlante de couleurs qui envahit tout le virage.

Et à la 9e minute, le moment le plus émouvant : l'hommage à Emiliano Sala, dont le numéro reste attaché à ce club et à cette tribune. Ces neuf minutes-là, dans un stade qui n'a jamais tourné la page, portent quelque chose de particulier. Puis l'hymne des Canaris retentit. Tout le stade, toute la tribune, reprend en chœur, écharpes tendues. C'est le moment où une enceinte se soude, où l'on comprend que trente mille personnes vont vivre la même chose ensemble.L'ambiance de ce soir, c'était l'ambiance des grands soirs. Je l'ai dit et je le maintiens : c'est une des plus belles ambiances et des plus grosses émotions de ma saison.
Ce qu'on ne voit pas : la pluie, le journal, le bitumeIl faut parler de ce qui rend cette tribune physiquement particulière, parce que ça fait partie intégrante de l'expérience et que personne n'en parle jamais.Il pleuvait. Et la tribune Loire, ce soir-là, était gorgée de papier journal les liasses jetées en l'air à chaque temps fort, retombées au sol, écrasées, détrempées.Le résultat : du papier mouillé sur du bitume, dans une tribune debout où ça saute, ça court, ça se prend dans les bras. Ça glissait gravement. À plusieurs reprises, en descendant ou en célébrant, j'ai bien failli me briser le crâne contre le béton.Ce n'est pas anecdotique. Ça dit quelque chose de ce qu'est vraiment une tribune debout un soir de derby sous la pluie : ce n'est pas confortable, ce n'est pas sécurisé au sens moderne du terme, et c'est précisément pour ça que c'est intense. On est dans la masse, on subit les conditions, on prend des risques physiques réels pour vivre quatre-vingt-dix minutes.Ceux qui n'ont jamais mis les pieds dans un virage debout sous la pluie ne peuvent pas comprendre ce que ça change. La télévision montre l'image. Elle ne montre pas le sol qui se dérobe.
Sur le terrain, le derby commence plutôt bien pour Nantes, qui entre correctement dans le match. Puis Rennes monte en puissance, accentue sa pression, et prend progressivement le dessus.Vingt-neuvième minute. Penalty pour Rennes, sifflé devant la tribune Loire pour une main jugée sévère de Tati. Et c'est Ludovic Blas qui se présente — encore un ancien Nantais.Il transforme. 0-1.Et il ne célèbre pas. Il lève les mains, en signe de respect pour le club qui l'a formé et pour le public devant lequel il vient de marquer. Le geste est reconnu dans les tribunes, mais il n'enlève rien à l'amertume : Rennes mène à la Beaujoire, sur un but inscrit par un Nantais, devant le virage nantais.
Six minutes plus tard, ça empire. Sur une magnifique action rennaise construite avec Blas et Seidu, Esteban Lepaul fusille la cage nantaise. 0-2.Mi-temps sur ce score, et c'est dur à la Beaujoire. Ça tire la gueule. Il faut mesurer ce que ça représente : tout le monde avait tout donné avant et pendant cette première période. Les animations, l'hommage, la voix, la gestuelle, les drapeaux. Et le retour au vestiaire se fait à 0-2 dans un derby, à domicile, contre le rival, avec deux anciens du club en face.C'est le creux de la soirée. Le moment où une tribune peut décrocher.Elle n'a pas décrochéEt c'est là que se joue ce qui distingue les grands publics des autres.En seconde période, la tribune Loire sort un magnifique tendu d'écharpes. Je ne l'ai pleinement mesuré que plus tard, en voyant les photos de la tribune : le rendu est fou, un bloc entier de couleurs tendues au-dessus des têtes. Sur le moment, on est dedans, on ne voit pas l'ensemble. C'est souvent après coup qu'on comprend ce qu'on a produit collectivement.Et surtout, ça n'arrête pas de pousser. Toute la tribune saute ensemble. Le bitume vibre sous les pieds — physiquement, on le sent. Le toit résonne. On sent que c'est un derby, l'ambiance est tendue, chaque duel est commenté, chaque décision arbitrale contestée.L'expérience, à ce stade, est déjà réussie indépendamment du résultat.
Sur le terrain, Nantes change complètement de visage. Les Canaris attaquent désormais face à nous, vers la tribune Loire, avec une autre dynamique. Matthis Abline — lui-même passé par Rennes, ironie supplémentaire de ce derby — livre un très bon match et pèse constamment sur la défense adverse.À la 64e, sur une action confuse dans la surface, Junior Mwanga conclut. 1-2.
Le stade se réveille pour de bon. Une frappe de Lepenant passe pas loin dans la foulée. Nantes y croit, la tribune pousse, le derby est relancé.Le temps additionnel le plus long de la saisonIl faudra pourtant attendre les arrêts de jeu pour tout faire basculer, et ces minutes-là resteront.91e minute. Faute dans la surface sur El Arabi. Penalty pour Nantes.
Matthis Abline s'avance. Devant la tribune Loire. Sous la pluie. Trente mille personnes prêtes à exploser, prêtes à arracher le match nul dans un derby qui semblait perdu depuis la 35e minute.Brice Samba repousse.Le silence qui suit n'est pas un silence de résignation, c'est un silence de sidération. Dans les têtes, en tribune, ça doute franchement. Il vient de rater le penalty à ne pas rater. On sent le match filer définitivement.Et ce n'est pas fini : dans la foulée, Rennes contre, et Lopes doit repousser à son tour une frappe rennaise. Nantes a eu chaud. Toujours 1-2. Il reste une minute.Puis vient la dernière action.Un ballon envoyé devant, une action qui revient dans la surface, un centre de Benhattab. Youssef El Arabi reprend de volée et fusille Samba.2-2. 90e+6.
La tribune chavireC'est la folie furieuse.La tribune Loire explose littéralement. Tout part en même temps : les corps, les papiers journaux jetés en l'air, la descente vers l'avant. Je cours, comme tout le monde, sur un sol détrempé et couvert de papier, et c'est probablement à ce moment-là que j'ai été le plus près de me blesser sérieusement.
Peu importe. C'est exactement ce pour quoi on vient.Un but à la dernière seconde, dans un derby, après un penalty raté, alors que tout semblait perdu depuis une heure. La combinaison parfaite. L'émotion est au maximum, la tribune chavire, on se jette dans les bras d'inconnus.De toute ma saison 2025/2026, c'est une des plus grosses émotions et des plus belles ambiances que j'aie vécues. Le résultat n'était même pas une victoire un simple match nul, arraché. Mais dans le contexte de ce derby, avec ce scénario, ça valait tous les succès.
Ce que je retiens de la BeaujoireLe FC Nantes et son stade sont à faire au moins une fois. La tribune Loire est une vraie cuve, capable de produire une atmosphère que peu d'enceintes françaises atteignent. Le public a tenu pendant les moments durs, y compris à 0-2 dans un derby, et c'est le meilleur indicateur de la qualité d'un virage. Le décor, les animations, la charge historique liée à Sala, la culture du club : tout est là.Le seul regret, et il est de taille, c'est l'absence des Rennais. Un derby breton se joue à deux publics. Priver une affiche pareille de son parcage, c'est amputer une partie de ce qui en fait la valeur.
Mais pour le reste, difficile de faire mieux. Un derby, une trahison, une tribune debout gorgée de pluie et de papier journal, et un but à la dernière seconde. C'est de ces soirées-là qu'on se souvient dix ans après.
12eHomme



