Approfondir l'expérience stade
récit longHertha Berlin - Schalke 04 a l'Olympiastadion : une affiche immense, puis une soiree avalee par les incidents, le silence et un 0-0 frustrant.
Il manquait juste le football et ses supporters
17 janvier 2026. Après la découverte d’une ambiance exceptionnel au sud de Berlin à Dresde, Dynamo Dresden (les 3 meilleurs ambiances d’Allemagne en 24h). Direction l'ouest de la capitale Allemande Berlin, je prend la direction d’un monument du football et du sport en général : l'Olympiastadion de Berlin.
Ce soir, Hertha Berlin reçoit Schalke 04 deux géants déchus du football allemand, tombés en deuxième division. Schalke, leader de la 2. Bundesliga, déplace près de vingt mille supporters. Rien que pour voir ça, le voyage valait le détour.
Mais la soirée a basculé avant même le coup d'envoi. Tout commence sur le parvis. Des groupes de supporters se massent peu à peu face aux forces de l'ordre. La tension monte. Il y a des refus de fouille probablement liés à de la pyrotechnie que les ultras ne voulaient pas laisser confisquer. Moi, à ce moment-là, je suis juste devant l'entrée. Je vois la scène se nouer sous mes yeux.

Puis vient le moment de rejoindre ma place, dans les coursives latérales de l'Ostkurve. Et c'est là que ça s'embrase. Les policiers envoient une première salve matraques, gaz: à l'entrée du virage, les forces casquées avancent, distribuent des coups et vaporise de coup de gazeuse,. Ça se disperse un peu, puis ça se confine dans les coursives de l'Ostkurve. Je vois des gens courir, j'entends les cris, je vois des cordons de polizei accélérer. La tension est partout. Plus tard, on apprendra le bilan : la cellule d'aide aux supporters du Hertha a fait état d'au moins trente blessés, dont quatre hospitalisés et deux avec de graves blessures au visage.

Au coup d'envoi, les ultras sont bien là. Ils déroulent leur tifo, reprennent l'hymne, mais après aucune animation, pas de chants. Et puis, à la 19e minute, ils s'en vont. Le capo annonce au mégaphone qu'après les incidents, il leur est impossible de mettre de l'ambiance, et ils quittent le virage en bloc, laissant les quinze premiers rangs vides. Sur les sièges désertés, ils laissent un message tracé avec les feuilles du tifo : « ACAB ».
Et c'est là que se produit la chose la plus marquante de la soirée. Par solidarité, les vingt mille de Schalke cessent à leur tour tout soutien organisé. L'atmosphère devient oppressante, presque spectrale. Plus un tambour, plus une bâche, plus une voix. Le plus grand stade d'Allemagne, soixante et onze mille personnes dedans, et un silence à pleurer. Un calme plat, irréel.

Et le terrain n'a rien fait pour sauver la soirée — au contraire. Un 0-0. Un zéro à zéro humiliant, en Allemagne, dans l'un des championnats les plus prolifiques d'Europe, celui des cages qui tremblent. Faire tout ce déplacement, toutes ces heures de train et de bus, pour voir un match sans le moindre but, dans un stade muet… c'était d'une tristesse à pleurer. La purge sur la pelouse, le silence dans les tribunes : on ne pouvait pas tomber plus mal. Hertha a pourtant été le plus actif, s'est créé des occasions par Winkler et Cuisance, mais a buté sur le gardien de Schalke, Loris Karius — et ce 0-0 collait parfaitement à l'ambiance du soir.
Il restait quand même des éclats de vie. De temps en temps, un chant lancé par quelques indépendants en tribune prenait un peu, suivi mollement. Et comme il y avait tant de fans de Schalke disséminés dans tout le stade, un drôle de duel s'improvisait : huit, neuf gars lançaient un chant de S04, ça se reprenait dans les travées, puis un groupe de supporters du Hertha — des familles, des gamins — répondait. Un échange qui durait cinq minutes, deux fois par mi-temps, comme un sursaut avant que le silence ne retombe. Ce n'est qu'en seconde période que l'ambiance est revenue timidement, avec un premier « HaHoHe » depuis d'autres parties du stade. C'était touchant, et un peu désespéré.
Il faut quand même le dire : avant de partir, les ultras du Hertha auront livré une très belle animation — pyrotechnie maîtrisée, tifo aux feuilles, une Ostkurve profonde et impressionnante. Et le stade, lui, garde son histoire : les Jeux de 1936 et Jesse Owens, la finale de la Coupe du Monde 2006. Le potentiel de ce lieu est exceptionnel.
Au final, ce match restera comme l'un des plus frustrants de mes déplacements. Parce que tout était réuni pour le grand soir : un stade légendaire, une Ostkurve magnifique, vingt mille visiteurs, deux noms qui pèsent dans l'histoire du football allemand. Et pour une fois, tout est tombé à plat — l'ambiance éteinte par les circonstances, les supporters partis ou réduits au silence, le score à néant. Vraiment pas de chance sur ce match. C'est ça aussi, le groundhopping : tu paries sur une soirée, tu y mets tes heures de route, et parfois tu tombes sur le mauvais soir. Mais même muet, même éteint, l'Olympiastadion garde la promesse d'être, le bon soir, l'un des plus grands théâtres d'Europe.
Sources
Sources : BILD, taz, Tagesspiegel.



