Galères de déplacement26 € totalItaliechampionnat4 min

8 km à pied contre la montre : ma course pour ne pas rater le bus à Naples

Sorti du stade Maradona, un bus longue distance à attraper à 8 km, et une ville livrée aux scooters. Récit d'une course contre la montre dans la nuit napolitaine — et d'une leçon de groundhopper.

Naples -> Naples-Lazio · 19 avril 2025

Prix total26 €
TrajetNaples -> Naples-Lazio
Date19 avril 2025

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Il y a des galères qu'on subit, et des galères qu'on se fabrique tout seul. Celle-là, je l'ai un peu cherchée — même si, honnêtement, je ne pouvais pas vraiment la prévoir.

Le match Naples-Lazio vient de se terminer, et je dois rejoindre mon bus longue distance. Départ 21h30, à 8 kilomètres du stade. Sur le papier, large : j'avais vérifié les transports sur Google Maps, tout semblait carré. Sauf qu'à Naples, un soir de match, le plan sur le papier ne vaut plus rien.

Parce que Naples, en journée, c'est une ville très touristique : des voitures, des bus, ça circule normalement. Mais la nuit, surtout après un match, la ville se métamorphose. Tous les scooters sortent. Des centaines, des milliers, dans toutes les rues, dans tous les sens. C'est un truc que j'avais déjà découvert à Gênes, et qui m'avait surpris la première fois : ces villes italiennes qui changent complètement de visage une fois la nuit tombée. Sauf que là, j'étais pris au piège dedans.

Premier plan : la gare ferroviaire qu'on m'avait indiquée. Fermée à mon arrivée. Deuxième plan : le bus de ville. Le seul qui collait à mon timing arrive blindé, et le contrôleur ne prend même pas la peine de s'arrêter — juste un geste de la main pour me signifier qu'il ne charge plus personne. 20h17, à côté du stade, plus aucune option de transport. Et un bus longue distance qui part dans un peu plus d'une heure, à 8 km.

C'est là que j'ai compris que j'allais devoir y aller à pied. Et franchement, sur le moment, j'étais dégoûté. Dégoûté de devoir m'infliger ça : ce stress, cette fatigue en plus, après une journée déjà longue. Dégoûté d'avoir fait confiance à Google Maps. Je m'en voulais d'avoir mal calculé. Mais en même temps, je ne pouvais pas vraiment le prévoir — et avec le timing imposé par ma correspondance de bus, je n'avais pas le choix. La vraie leçon, je la connaissais déjà au fond : si j'avais pris un logement sur place au lieu d'enchaîner les bus pour économiser, j'aurais été tranquille. Mais le groundhopping à petit budget, c'est exactement ça : on troque le confort contre des courses dans la nuit.

Alors j'ai couru. J'ai remonté tout Naples au pas de course, en jean, sac sur le dos. Google annonçait 1h50 de marche ; mon bus partait dans 1h13. J'ai traversé des tunnels qui percent les montagnes, sur d'étroits bouts de trottoir, doublé en permanence par des scooters lancés à pleine vitesse. J'étais le seul fou à faire ça à pied dans ce décor. Je ne me suis quasiment pas arrêté — juste une pause éclair dans une épicerie pour acheter une bouteille d'eau, un petit geste d'insolence comme pour me prouver que je gérais.

J'arrive devant la gare routière à 21h20. À peine dix minutes pour trouver mon quai. Heureusement, j'avais pris mes précautions : en arrivant à Naples le matin, j'avais déjà repéré d'où partait mon bus du soir. Je sais que c'est tout au fond. Je traverse le parking au pas de course, et je rejoins le départ en cinq minutes. 21h25, je suis devant le bus. 21h28, je suis dedans. 21h32, on part. Quelques minutes de marge. Après 8 kilomètres de sprint dans la nuit napolitaine, j'avais gagné mon pari.

Cette course, je m'en souviendrai longtemps. C'est le genre de galère qui t'apprend une vraie leçon de groundhopper : ne fais jamais confiance aveugle à une appli de transport un soir de match, surtout en Italie, surtout la nuit. Renseigne-toi avant, anticipe le retour, et si ton budget le permet, un logement sur place t'évite ce genre de sprint. Moi, j'ai choisi le bus de nuit et l'économie. Le prix à payer, ce soir-là, c'était 8 kilomètres au pas de course dans les rues de Naples. Je l'ai payé. Et le bus est parti avec moi dedans.